LETTRE AUX CANDIDAT(-ES) À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DE 2017

Bonjour,


Ci après la lettre adressée aux candidats et candidates à l’élection présidentielle.
Ce sera un peu long à lire pour certains, mais les questions sont pertinentes, et ne ressemblent en rien à celles posées par les journalistes.


A méditer…

7 Avril 2017
Le Syndicat Français
des Artistes interprètes profite des élections présidentielles pour réaffirmer
ses revendications et questionner les candidat-es à la Présidence de la
République.
Il est le syndicat
professionnel des artistes dramatiques, chorégraphiques, lyriques, de variétés,
de cirque, des marionnettistes et des artistes traditionnels. Le SFA est
affilié à la Fédération
du Spectacle CGT
 et à la Fédération Internationale des Acteurs, et se
bat aux côtés de l’ensemble des salarié-e-s du secteur artistique et culturel,
qu’ils/elles soient sous contrat ou non, ainsi que toutes les composantes du
corps social de la nation, constituant la richesse, la beauté et la diversité
de la République.
 En ces temps
troublés, il nous apparaît primordial d’exiger des propositions politiques
responsables et ambitieuses, capables d’apaiser les tensions sociales qui
bouleversent les peuples et accentuent les inégalités de classe.
Êtes-vous prêt-e à
affirmer avec vigueur que la culture peut contribuer à susciter le désir actif
de changer le monde ? Et le souhaitez-vous ?
Sans avoir la
prétention de parler de la « culture » avec tout ce que ce terme
comporte d’équivoque, nous parlerons simplement des d’artistes interprètes sans
qui il n’y a pas de théâtre, pas de cinéma, pas de chanson… Nos métiers sont
maltraités et mis à mal par la diminution constante des financements publics
avec pour conséquences directes le sacrifice de la création artistique sur
l’autel de la dette et la baisse du volume d’emploi dans tous nos secteurs
d’activité.
 C’est pourquoi au
cœur de nos pratiques et de nos préoccupations, nous menons un combat
continu :
  • pour l’exercice de la liberté
    syndicale et contre toutes les formes de discriminations liées à l’âge, au
    sexe, à l’origine sociale, religieuse, ethnique ou territoriale,
Pour exemple les
femmes artistes-interprètes ont tendance à avoir des carrières plus courtes et
à gagner moins que les hommes ; les artistes-interprètes issues des
minorités peuvent souffrir d’approches stéréotypées lors des castings et se
trouver dans l’impossibilité de voir progresser leurs carrières.
Sur ces points, que
comptez-vous faire afin de faire avancer réellement l’égalité dans le secteur
du spectacle vivant et de l’audiovisuel ?
  • pour la démocratie culturelle, qui
    doit garantir l’accès à la culture à toutes et tous, ainsi que la liberté
    et la diversité de la création artistique.
Avec la loi NOTRE,
les regroupements de certaines régions entraînent aujourd’hui, une
détérioration du dialogue social construit depuis 15 ans dans ces territoires,
une diminution des aides, une baisse des volumes d’emplois artistiques, et
accentue la volonté d’une concentration des crédits sur des « Pôles
d’excellences ». Nous dénonçons la politique culturelle élitiste qui se
cache derrière ce terme, et qui réduit à néant l’ambition d’une politique de
décentralisation culturelle qui doit profiter à tous. Le service public de la
culture ne doit pas être dévoyé dans une culture de l’élitisme pouvant se
résumer à la formule suivante : « la culture par quelques-uns,
pour quelques-uns
 ».
Quels moyens
mettrez-vous en œuvre pour que les collectivités puissent conduire des
politiques culturelles ambitieuses ?
Reviendrez-vous sur l’organisation d’instances démocratiques qui ne peuvent
plus fonctionner telles que les commissions d’attributions des licences
d’entrepreneur de spectacle et les Comités régionaux des professions du
spectacle (COREPS) ?
  • pour un service public des arts et
    de la culture auquel doit être attribué une enveloppe budgétaire à la
    hauteur de ses missions. Nous revendiquons de meilleurs cahiers des
    charges relatifs aux « labels » (Scènes Nationales, Centres
    Dramatiques Nationaux, Opéra, Centre Chorégraphique etc…) loin des projets
    en cours qui souvent laissent entrevoir un abandon progressif de l’intérêt
    général et de la démocratisation culturelle
    .
Comment pensez-vous le
budget que vous souhaitez consacrer aux arts ?
Allez-vous remettre clairement au cœur des entreprises labellisées leurs
missions de service public (de création, production et/ou diffusion des œuvres)
et revenir par exemple sur des projets d’arrêtés comme celui du « Théâtre
lyrique d’intérêt national » ou des « CDN » qui ne permettent à
ce jour pas de répondre à une pareille ambition 
 
  • pour un soutien à la création
    cinématographique
    .
De nombreux
départements ont abandonné depuis plusieurs années les aides à la production
cinématographiques, ce sont des lieux de travail qui disparaissent pour de
nombreux artistes interprètes.
Quelle est votre
ambition en la matière ? Quel rôle souhaitez-vous que joue le CNC et les
collectivités au service du cinéma et plus largement de la création
audiovisuelle ?
  • face à l’émergence de nouvelles
    techniques, du développement technologique, des possibilités de travail de
    l’image etc… il est nécessaire de porter l’attention sur l’intégrité de
    l’artiste interprète dans l’utilisation de son travail
    .
Nous défendons des
droits de Propriété Littéraire et Artistique (PLA) qui permettent une
rémunération proportionnelle aux exploitations de nos prestations enregistrées,
en particulier sur internet.
Que ferez-vous de la loi
Hadopi, mais surtout quid de la nature des droits voisins dont bénéficient les
artistes interprètes et surtout de la rémunération de ces derniers pour
l’exploitation de leurs prestations enregistrées ?
  • Les artistes interprètes sont des
    acteurs du développement culturel et artistique. Mais pour cela, ils/elles
    ont besoin de travail et d’emploi. Sans cela, l’artiste perd de vue sa
    propre raison d’être et ce en quoi son art est indispensable à la société.
L’article 32 de la
loi LCAP, met en danger la présomption de salariat des artistes interprètes en
légalisant le travail gratuit.
Êtes-vous prêt à
remplacer cet article destructeur pour nos métiers par un article garantissant
à la fois l’emploi et la protection sociale des salarié-e-s du spectacle ainsi
que les pratiques artistiques exercées en amateur sans mettre en concurrence
professionnels et amateurs ?
De plus, la loi dite
« Travail », en renversant la hiérarchie des normes dans beaucoup de
domaines conduit dans nos secteurs d’activité à la disparition pure et simple
de nos couvertures conventionnelles d’ici le 31 décembre 2018.
Si vous êtes élu-e
abrogerez cette loi afin de permettre aux artistes-interprètes de ne pas être
corvéables à merci ou de pouvoir continuer à bénéficier de droits élémentaires
comme celui du droit aux vacances (avec le Fond National d’Activités Sociales)
qui existe dans le spectacle vivant subventionné, et qui au lieu d’être étendu
à d’autres va disparaître pour beaucoup ?
Les réformes
successives des prud’hommes jusqu’à la loi dite « Macron » traduisent
une volonté délibéré de fragiliser la défense des salarié-es. Les
artistes-interprètes qui sont pour l’immense majorité des salarié-es précaires
se retrouvent d’autant plus touché-es.
Permettrez-vous la mise
en place d’une justice prud’homale démocratique à laquelle tous les salarié-es
auront accès en commençant par revenir sur la réforme de la loi dite
« Macron » qui est catastrophique pour l’ensemble des salarié-es
 ?
  • pour une protection sociale juste
    et un droit à la formation
    .
Dans le contexte
actuel où les heures de travail se réduisent comme peau de chagrin, nous
voulons la garantie d’un système d’indemnisation chômage juste et durable
jusqu’à ce que le plein emploi nous soulage de la précarité. C’est de nos
métiers que nous voulons vivre ! Cela passe aussi par l’accès à la
formation tout du long de sa carrière. Le SFA contribue au développement du
travail sur la qualité de l’offre de formation professionnelle qualifiante et
certifiante proposée par les divers organismes de formation. Enfin, nous
voulons des droits à indemnités journalières de la sécurité sociale en cas de
maladie ou maternité pour tout-e-s les artistes salarié-e-s.
Quel est votre projet en
matière d’assurance chômage, sécuriserez-vous les textes issus de l’accord
interbranche du 28 avril 2016 ?
Quelle est votre projet pour la sécurité sociale et la retraite des salariés à
emploi discontinu et souvent itinérants que nous sommes (intermittents du
spectacle étant le terme le plus souvent utilisé) ?
Quel est votre projet pour ces mêmes salarié-es concernant la formation
professionnelle ?
Et plus largement, vous engagez-vous à agir pour la mise en place de droits
transférables et mutualisés dans nos secteurs ?
Enfin, au regard des
dispositions toujours plus contraignantes sur la circulation des personnes qui
sont mises en place, en France comme dans toute l’Europe, les artistes
étrangers rencontrent de plus en plus de difficultés à exercer leur art en
France et ce, en contradiction avec les engagements internationaux pris par
notre pays en matière de diversité culturelle.
Entendez-vous travailler
à ce que la politique migratoire ne s’oppose pas à la diversité artistique et
culturelle ?
Quels engagements prendriez-vous pour garantir les mêmes droits sociaux à ces
travailleurs-ses qui travaillent régulièrement dans l’hexagone ?
La liste des combats
que nous menons quotidiennement pour préserver et améliorer les conditions de
travail des professionnel-les du spectacle, vivant ou enregistré, est encore
longue. Mais l’objet de cette sollicitation n’est pas de faire une liste
exhaustive des revendications que nous portons depuis tant d’années. Nos
documents de congrès sont d’ailleurs disponibles pour y trouver tous les
aspects de nos combats et toutes les propositions pour répondre aux besoins des
salarié-e-s ainsi qu’aux enjeux artistiques, culturels et démocratiques.
Cette campagne
électorale doit devenir une campagne des plus exigeantes en termes de qualité
de programme électoral. Les candidat-e-s à cette élection doivent porter la
plus grande attention qui soit aux problèmes sociaux qui s’accentuent jour
après jours en France et partout dans le monde.
Rester à l’écoute de
chacune des forces vives qui est au plus près des préoccupations en terme
d’emploi de tou-te-s les français-es est plus qu’un enjeu électoral. C’est un
bien sociétal afin que la sérénité prenne le dessus sur la servilité.

Le SFA est le syndicat professionnel des artistes dramatiques,
chorégraphiques, lyriques, de variété, de cirque, des marionnettistes et des
artistes traditionnels. Il est affilié à la Fédération du Spectacle CGT et à la
Fédération Internationale des Acteurs.

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